« DUOS / DU⋅EL⋅LES »

concert | orchestre & voix

 CHAPELLE DE LA CONGRÉGATION
8 place de la Chapelle
Carnac (centre bourg)

lundi 2 septembre | 21H

Sayuri Araida, soprano
Marianne Seleskovitch, mezzo-soprano
SECESSION ORCHESTRA, orchestre
Clément Mao – Takacs, direction

durée : 70′ sans entracte

Delibes, Gounod, Mozart, Offenbach, Ravel, Rossini

« Les deux chat.te.s ne s’affrontaient jamais, physiquement.
Elles s’affrontaient en de grands duels avec leurs yeux. »
Doris Lessing, Particularly Cats

« De quel intérêt pourrait être ma vie pour toi ? On devrait être comme toi. Tu sais ce que j’ai pensé quand j’ai vu ton film cette nuit-là ? Quand je suis rentrée à la maison, je me suis regardée dans le miroir et j’ai pensé : nous sommes semblables. Ne te méprends pas : tu es beaucoup plus jolie, mais nous sommes semblables en un sens. Je pense que je pourrais me transformer en toi. Si je fais un véritable effort. Je veux dire : à l’intérieur. Toi, tu pourrais te transformer en moi comme ça [juste en claquant des doigts]. Bien que ton âme soit beaucoup trop grande. Cela déborderait de partout ! »
« Je ne suis pas comme vous. Je ne ressens pas comme vous. Je suis Sœur Alma, je suis ici seulement pour vous aider. Je ne suis pas Elisabet Vogler. Vous êtes Elisabet Vogler. »
Ingmar Bergman, Persona (extraits du scénario du film)

Double.

Je suis ton ombre – ou tu es la mienne.

Je vois ta voix : je voix double soudain : la même et cependant une autre – à la tierce, encore, je te perçois ; à l’unisson je te perds voix, je me perds, je suis sans voix, cent voix, le sang retiré de ma voix – tu es : vampire, voix-pire.

Une voix redoublée – non pas unies mais l’ombre de ma voix, ma suivante, ma suivoixante. Une seule ligne répartie en deux corps pour n’en faire plus qu’un, immatériel. Ma sœur, mon amie, ma voixsine – sine voce. Tu t’es appliquée à imiter ma voix à la perfection.

Au point que l’on pourrait nous confondre – servante maîtresse, maîtresse servante. Dans l’ombre, qui es-tu et laquelle de nous sera aimée ? T’aimera-t-on parce que tu es semblable à moi ou parce que dans ton corps résonne ma voix ?

Tu es mon amie et ma rivale, ma rivoixle : je me mire dans ta voix, charmée séduite effrayée terrifiée car ce qui n’était qu’à moi, ce qui n’était que moi, ce qui était ma voix, devient soudain partagé dérobé emporté arraché.

J’ai peur que tu me voles cette voix qui sort de mon masque – ma personne, ma persona. Je veux te manger avec ma voix, je veux t’avoixler. Je suis avide, je suis avoixde.

Ta voix voilée, je l’étoufferai sous ma parole. Ou bien : je ne parle plus, tu parleras à ma place ; je te laisserai la voix et la place. Moi je serai silence, tu n’entendras plus ma voix.

Je te hais. Je veux te voir morte pour que ta voix se taise, pour que la mienne résonne à nouveau : mon rire, mes cris, mes larmes, mes mots, et tous les tiens aussi à voix très haute.

Je veux être seule. Je veux être la seule. Je veux vivre. Je veux que ma voix provoque : je te provoixque en duel. Je te donne du « elle », je lui donne son dû, à elle.

Je veux ta voix, je veux t’avoir. Je veux la voix. Je veux l’avoir.

Une voix pour toutes.

C. M. T.