GIVE ME A FEW WORDS

Théâtre musical

 CHAPELLE DE LA CONGRÉGATION
8 place de la Chapelle
Carnac (centre bourg)

jeudi 7 septembre | 18H

Marianne Seleskovitch voix
Aleksi Barrière mise en scène

durée : 50 minutes
coproduction du Festival Intervalles et de la compagnie La Chambre aux échos

QUELQUES MOTS SUR LE SPECTACLE
par Aleksi Barrière, metteur en scène

Un duel entre une chanteuse et sa voix
Une chanteuse lyrique nous invite sur son lieu de travail. Elle chante, c’est-à-dire qu’elle livre son corps entier à un exercice de souffle qui doit lui permettre d’atteindre le sommet de la justesse et de l’expressivité, celui du premier cri humain, de la mère qui berce son enfant, du premier insurgé ou de la tragédienne qui meurt sur une scène d’opéra. En ellemême, elle trouve une voix qui lui offre mille possibilités d’aller au-delà de ce que disent les mots, si elle réussit à l’apprivoiser. Mais pour cela elle devra affronter les autres voix qui l’habitent, celles de la société – un voyage qui risque de l’emmener jusqu’à la folie et au-delà.

« Sortir sa voix »
La voix humaine est cette chose étrange qui semble sortir des profondeurs les plus mystérieuses de notre être. Pour capturer cette énigme, le chanteur dispose pourtant de moyens techniques, voire médicaux, extrêmement précis, et qui font l’objet d’un artisanat, d’un entraînement athlétique très calibré. Cela ne veut pas dire que sa démarche est dépourvue de mystique : ainsi, le chanteur lyrique impétrant est-il invité à « sortir sa voix ». Une voix qui se trouverait nichée en lui ou en elle dans l’attente de son heure, et qu’il s’agirait d’apprendre à laisser prendre son envol. Cette étrange invocation, ce numéro de charmeur de serpent se déroulera, selon la formule, sous nos yeux ébahis. Est-ce un pur exercice virtuose ? Nous apprendrons au contraire que, comme la prouesse du funambule, elle n’est pas étrangère à notre condition partagée.

« Speech Is No/thing »
Le langage est un cloître : quand il ne nous dit pas quoi penser, il nous indique comment, sans nous offrir d’alternatives. Dans nos rêves nous allons parfois au-delà des mots, plus près peut-être de notre première enfance. La musique réalise ce rêve : elle nous demander d’aller chercher un mot plus loin que dans le cerveau, plus bas, dans les poumons, les muscles du thorax, du ventre et du dos, et plus bas encore au plus profond du bassin où sont les premiers organes avec lesquels on commence à penser. La Voix qui mène à ce lieu obscur nous conduit à une porte que l’on ne peut pas impunément pousser. Ce rêve-là est hanté par beaucoup de fantômes. « Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir. » (Guy Debord).

Les oeuvres
Les oeuvres de ce spectacle ont été écrites entre les années 1940 et aujourd’hui : ce sont des oeuvres de notre temps, celui des avant-gardes, du grand spectacle et des moyens technologiques les plus avancés. Mais elles remettent cela même en jeu, en choisissant la forme la plus pure de la musique originelle, celle qui prend ses sources dans notre propre corps, et se tournent occasionnellement vers les origines populaires du chant, et à une tradition musicale qui, depuis le Moyen-Âge et la Renaissance, a travaillé cet instrument primal.

Dans leur hétérogénéité, qui fera la richesse de cette heure que nous passerons ensemble, ces oeuvres explorent de par leur choix de dispositif la même question de la voix et du langage et de la solitude dans laquelle ils nous enferment. Elles ne le font pas abstraitement, mais dans le concret de l’origine musculaire, respiratoire, physique du son, et de manière révélatrice résultent de collaborations étroites entre des compositeurs et des interprètes qui leur ont ouvert leur atelier vocal : Berio et Cage avec Cathy Berberian, Scelsi avec Michiko Hirayama, et enfin Mao–Takacs avec Marianne Seleskovitch qui joue ce spectacle. Le dialogue avec l’organique et le vivant de la voix est aussi un dialogue organique entre vivants, auquel nous sommes tous conviés.