« La Nature est un temple »

CLOTURE DU FESTIVAL, orchestre & voix

 ÉGLISE SAINT-CORNÉLY
Place de l’Eglise Carnac
(centre bourg)

samedi 8 septembre | 21H

Irina de Baghy mezzo-soprano
SECESSION ORCHESTRA orchestre
Clément Mao – Takacs direction

Durée du concert : 80’ sans entracte

« Je viens vous demander de devenir crédule,
De n’aimer que les bois où la flûte module,.
Et le pain de seigle et le lait.
D’avoir des yeux naïfs que la nature étonne,
D’être gai s’il fait beau, d’avoir peur lorsqu’il tonne,
Et d’accomplir ce qui me plaît. »

Jean Cocteau, Prière à Pan

« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers. »

Charles Baudelaire, Correspondances

Célébrer la nature à Carnac était une évidence : entre terre et mer, entre campagne et plage, avec les pierres levées qui naissent de la lande, les maisons qui sont dévorées d’hortensias, les pins qui ondulent dans le vent. L’appel irrésistible du Printemps, la variété d’un paysage idyllique, la perfection d’un clair de lune : oui, la Nature chante, bruisse, gronde, murmure, tour à tour calme ou mouvementée, fascinant les compositeurs qui tentent d’en saisir l’essence, et de trouver une traduction musicale pour le murmure et l’immensité de la mer, le crépitement d’un feu dansant, la beauté hiératique d’une montagne bleutée…

C’est un geste fort, pour un compositeur, que de faire entrer les sons de la Nature dans la salle de concert, de les intégrer à une composition musicale savante, d’en restituer l’harmonie naturelle par une harmonie artificielle. Car si un simple trille pourra servir à évoquer le rossignol, un ostinato le ressac, un effet d’écho les sonorités minérales, comment rendre le chant silencieux des nuages, le bruissement des feuilles, la percée d’un rayon de soleil après l’ondée ? La tâche est ardue, car on ne peut pas se contenter d’imiter : et si les compositeurs s’amusent à noter et à copier parfois les chants d’oiseaux, il leur faut faire preuve d’imagination, inventer un tout un monde sonore pour se hisser à la hauteur de la variété et du mystère du chant de la Nature.

C’est pourquoi ils nous livrent avant tout des impressions, des images fugitives, des esquisses comme autant de petites fenêtres ouvertes sur le monde – un monde où l’être humain trouve une forme de paix devant la révélation du « sublime », où tourments et joies de l’âme entrent en résonance avec ce que l’œil contemple, où paysages extérieurs et intérieurs ne font plus qu’un. Alors, dans cette paisible union entre l’Homme et la Nature, un sentiment sacré s’empare de notre âme : la Nature est bien ce temple à ciel ouvert évoqué par Baudelaire dans son célèbre sonnet Correspondances, et dont  Debussy se faisait l’écho en écrivant : « je me suis fait une religion de la mystérieuse nature ».

Pour ce dernier concert, célébrons dans la joie ces noces solennelles : mais en nous laissant bercer par le jeu des vagues, en écoutant le dialogue du vent et de la mer, en assistant au lever du soleil de l’aube à midi, en rêvant à la course des nuages, prenons garde de ne pas oublier que tout ceci est un privilège fragile, que nous nous employons avec constance à détruire par notre irrespect. Hôtes de passages sur cette planète, il convient que nous la chérissions et que nous en prenions soin, amoureusement.

Debussy

Wagner