Régis Dho⎪Plasticien

Régis Dho grandit dans un pays de lumière, de contrastes, d’odeurs fortes et épicées où la beauté et l’équilibre règnent en maîtres absolus. Ses premiers pas en France le mènent en Touraine, à l’âge de seize ans, il s’inscrit aux Beaux-Arts dont il sort Major de sa promotion. Viennent ensuite les Arts Décoratifs de PARIS où il obtient le diplôme de scénographe en 1969 – année importante où il rencontre Pierre Cardin qui l’engage aussitôt comme styliste. Ce sont ensuite des années d’errance poétique où Régis Dho chantre du merveilleux se laisse guider à la rencontre de ceux qui furent les sculpteurs de son monde esthétique tels que Léonor Fini, Pier Paolo Pasolini, Federico Fellini pour citer ceux qui furent les plus proches de sa vérité. 

C’est après l’épisode agité de 1968 que Régis Dho prend la décision la plus importante de sa carrière, en faisant le choix de ne plus gagner d’argent que par son crayon. Il devient locataire d’un atelier où vécu pendant plus de vingt ans Auguste Renoir. Il rencontre le restaurateur Michel Rostang et crée pour lui les décors : Amaryllis, Cornes d’Abondance, Herbier… Puis, tel un couturier à la demande des « stars du fourneau » il leur conçoit le décor adapté au caractère de leur cuisine. Il en va ainsi pour Alain Ducasse de l’hôtel de Paris à Monte-Carlo pour Sirio Macciono le sympathique propriétaire du célèbre Cirque de New-York. Il redécore le temple de la gastronomie française chez Point, « la Pyramide » à Vienne, collabore avec le célèbre architecte Frank Ghery à la réalisation du fameux Dancing Building de Prague et encore Le Bernardin à New York de Eris Rieppert (Meilleur Chef du Monde 2001 et 2003). 

A ce jour, ce sont plus de quatre-vingts tables étoilées qui ont fait confiance au talent de Régis Dho. Le prestigieux Hôtel de Crillon le choisit pour présider à l’avenir esthétique de sa ligne de produits ; l’orfèvre Christofle, lui confie la direction des « pavillons ». Il dessine le service anniversaire du cent cinquantenaire de la porcelaine Haviland, mais aussi revisite les collections de Rosenthal Classic. Il crée pour Baccarat, Daum et le cristallier vénitien Salviati. Il élabore les lignes parfumées de Amélie et Mélanie, de Sia, rajeuni la Bougie Rigaud avec sa nouvelle gamme « Les Chéries ». Il prend entre autres la Direction Artistique de Lampe Berger et de la prestigieuse maison de gastronomie Dalloyau.

Il collabore également pour des luminaires et du mobilier haut de gamme, ainsi que les émaux et faïences de Longwy. Sûr de son instinct et poussé par ses multiples envies créatrices il présente à chaque session du salon « Scènes d’intérieur » sa ligne personnelle d’objets rares  « Les extravagances » destinés à une clientèle exclusive et exigeante et est toujours présent au salon “Maison et Objets”. Il assure aujourd’hui de multiples missions de directions artistiques, de conseils auprès de noms reconnus tel que les porcelaines Philippe Deshoulières, le pain Poilâne.

Les « Vanités » florales de Régis Dho

 » Je vais dire quelque chose à quelqu’un  » s’écrie Yniold dans l’opéra de Claude Debussy d’après Maurice Maeterlinck, Pélleas et Mélisande ; dire quelque chose à quelqu’un – et quelque chose à lui taire. Cette exposition est une conversation intime à laquelle nous sommes conviés à travers une trajectoire florale ; on y retrouve le désir d’Yniold de révéler tout ce qu’il a vu de grave qu’il ne peut ni taire, ni dire.  Régis Dho sait que le mot est toujours de trop lorsqu’il s’agit de révéler un mystère, que seule l’image – parce qu’elle est brutale et fascinante – est capable de dire la fugacité, la beauté, la cruauté du monde. Il choisit donc le triptyque comme format idéal pour évoquer une séquence temporelle qui va de l’épanouissement de la fleur jusqu’à sa fenaison. Cette scansion ternaire est destinée à rendre captif le regard du spectateur pour lui faire découvrir la force spirituelle et sensuelle des fleurs : métaphores de la vie, de la mort, du sexe toujours présent partout dans le règne végétal.

Dans cette valse à trois temps, nos sens sans cesse sollicités hésitent devant les sanglots des glycines, s’affolent du rayonnement solaire des dahlias mauves conquérants et guerriers, s’égarent dans les fougères ténébreuses des sous-bois des Landes, respirent le cœur noir et velouté des anémones, s’abreuvent à l’aqueuse absinthe des feuillages. De la sécrétion acide de la jeune pousse qui s’élance aux émanations languides et mortifères des bouquets en perdition, nous ne sortirons pas indemnes de cette confrontation avec l’empire de Flore. Le tournoiement des ombellifères et l’impalpable pavot évoquant le mouvement perpétuel de la vie nous permettent de nous raconter une histoire : celle de ces fleurs, parfois la nôtre, ou les deux confondues.

Le peintre choisit le pastel qui se rapproche le plus d’un pétale, d’une aile de papillon, une poudre qui se délite et s’efface : un médium et une technique qui correspondent parfaitement au message transmis dans ce travail d’un an sur les quatre saisons. Dans la douceur et la retenue de leur silence les « Vanités » de Régis Dho vous disent tout de la matière, de sa fragilité et de sa puissance, des apparences et du passage subtil de la figuration vers l’abstraction qui s’opère si naturellement que l’on en reste confondu.

Brigitte Ducousso-Mao, historienne de l’art.